Lilith, V, 5

Bon, descendons à la cave. Je trouve un interrupteur et appuis dessus pour allumer la lumière. Ça ne m'étonnerait pas qu'au bout des marches je trouve une horde de démons faisant subir divers sévices aux damnés, le tout au milieu des flammes. Mais une fois descendue, rien. Je suis déçue. La pièce est complètement vide, à part une ampoule au plafond et une porte blanc sale au fond à gauche. Des marques dans la poussière du sol indiquent que des objets assez volumineux ont été déplacés récemment. Évidement, je me dirige vers la porte. Je pose la main sur la poignée.
« Pas si vite, ma petite, dit quelqu'un dans mon dos.
Cette façon de parler, qui pue l'assurance...
-Comme on se retrouve, je remarque avant de me retourner.
-Tu n'allais quand même pas passer sans dire bonjour à ton père ? demande Satan d'un ton sarcastique.
-Mon père est France, je réplique froidement pour ne pas éclater. Je n'en ai qu'un, et c'est un humain. Je m'en fous des liens biologiques.
-Alors pourquoi avoir cherché ta mère biologique si « tu t'en fous » ? Tu n'as pas l'air de...
-Je voulais juste savoir si tu l'avais séduite ou violée, je l'interromps. Je n'irai plus jamais la voir, et à mon avis ça l'arrange. Sam est derrière cette porte ?
Il ignore ma question.
-Tu m'as l'air plus bavarde qu'à notre première rencontre, dis-moi...
-Il est derrière cette porte, oui ou non ?
-Je n'ai pas fais vider cette pièce pour que tu la quitte tout de suite.
Je me sens décoller du sol, puis me retrouve le dos plaqué contre la porte dont le bois m'écrase la queue et les ailes, le visage à hauteur de celui du seigneur des enfers (qui doit bien mesurer deux mètres sans les cornes), sans pouvoir bouger, les bras en croix. En croix ? Si c'est de l'humour démon, je ne trouve pas ça drôle. Mes muscles fonctionnent mais je suis mille fois mieux fixée qu'avec la meilleure des super glue, je ne peux pas bouger !
-Non...
Il me faut quelques secondes pour me rendre compte que j'ai prononcé ce mot à voix haute. Je tente de me déplacer à coup de télékinésie. Je ne m'écarte pas d'un millimètre.
-N'essaie pas de jouer à ça avec moi, me prévient le diable. Tu n'as aucune chance.
-...
Il s'approche jusqu'à ce que je sente son souffle. Chaque cellule de mon corps a envie de crier : « ne t'approche pas, connard ! » mais rien ne sort de ma gorge.
-L'important, c'était le jeu de piste, n'est-ce pas ? continu-t-il.
-Un test, je suppose ?
-J'ai bien aimé ton combat dans le salon. Tu aurais pu l'avoir tout de suite, mais tu voulais t'amuser un peu...
Je change brusquement de sujet :
-Elle n'avait que seize ans...
-Qui ça ? questionne-t-il.
-Lucie. Tu l'as violée, tu te souviens ?
-Si tu m'en parles, suppose le démon, c'est que ça doit être ta mère...
-Ma mère est en France...
-Biologique. Laquelle c'était, déjà ? ... Ha, oui. Seize ans, tu dis ? Je lui en aurais donné plutôt dix-neuf, à l'époque, dit-il sur le ton de la conversation.
-Salopard...
Qui a dit ça ? Ha, c'est moi.
-Oui, je suis un salopard. Le pire que tu aies jamais vu. C'est un scoop...
Il prend mon visage dans sa main. Son contact me dégoûte.
Ne me touche pas, connard !
-Si tu tiens à ce joli visage et tout ce qui va avec, tu devrais te soumettre à encore une autre épreuve...
J'ai envie de vomir.
Satan me balance à l'autre bout de la pièce, où je m'écrase contre le mur avant de retomber. Je me relève tant bien que mal, un peu chancelante. Il faut attendre bien plusieurs minutes avant que le sang ne circule à nouveau dans mes ailes et ma queue.
-Libère Sam. Il n'a rien à voir avec toi.
Je doute qu'il accepte ma proposition comme ça.
-Rien à voir avec moi ?
Le seigneur des enfers se met à rire comme si je venais de raconter la blague de l'année. Pas d'un rire diabolique, bizarrement.
Qu'est-ce que j'ai dis ?
-Quoi ?
-N'affirme jamais que quelqu'un n'a rien à voir avec moi, me conseil Satan après s'être repris. Tout le monde à voir avec moi. (Il continu après une pause) Tu vas passer encore un petit test ici. Et d'autres plus tard. J'ai besoin de serviteurs puissants.
-Sauf que je n'ai pas du tout envie de faire partie un jour de tes serviteurs, je réplique.
-Je n'ai pas besoin de ton avis. Ni même de te convaincre. Il me suffit juste d'attendre que tu meures, déclare Satan.
-En admettant que j'atterrisse en enfer, je fais remarquer.
Il secoue la tête en faisant :
-Lilith, Lilith, Lilith...
Comme si j'avais encore dis une bêtise.
-Quoi encore ?
-Seul l'enfer t'attend, déclare le démon. Jamais le ciel ne t'acceptera, ma fille. Une demie-démone au paradis, ça « fait mauvais genre". Surtout une enfant de Satan.
-De...Quoi ?... Je...
-Tu seras à moi. Que tu le veuille ou non, je n'en ai rien à faire, continu-t-il.
-Tu mens. Naître n'est pas un pêché, il n'y a pas de raisons que je sois punie pour ça.
Il se contente de sourire. J'ai l'impression d'avoir déjà vu ce sourire avant d'avoir rencontré Satan.
Il claque des doigts et un autre démon apparaît entre lui et moi.
-Voilà ton dernier adversaire ici. Amuse-toi bien... »
L'autre démon est à peine plus petit que son maître, et deux fois plus large d'épaules. Il est complètement recouvert d'une armure en plaques noires où se reflète la lumière de la lampe du plafond. Une étoile satanique orne son torse, deux petites cornes décorent son heaume. Et surtout, il tient dans la main gauche une épée plus grande que moi.
Grâce à mon pouvoir, je le projette en arrière, direct sur Satan, qui disparaît juste à temps pour ne pas subir l'impact. Le mur manque de justesse de s'écrouler.
Le diable réapparaît juste à côté de moi.
« C'est lui que tu dois combattre, pas moi. Sauf si tu veux que j'exécute ton camarade de classe. »
Puis se téléporte aussitôt dans un coin de la cave. Au même moment, celui en armure, qui s'est relevé, me lance son épée, par réflexe mon pouvoir la bloque à un centimètre de mon visage. Aller, retour à l'envoyeur. Il se baisse pour esquiver sa lame, mais un poil trop tard : toute la partie gauche (par rapport à moi) de son heaume est complètement défoncée.
Et Satan qui est toujours là, à regarder. Il attend quoi pour se faire apparaître du pop-corn ?
« J'espère que tu ne vas pas lui arracher la tête ou autre tout de suite, intervient-il. Sinon c'est ton ami qui pourrait perdre la sienne. »
L'autre démon tourne la tête vers lui. Je profite de la seconde d'inattention pour lui bondir dessus. Un bond de plusieurs mètres sans élan. J'atterris sur son casque, n'arrive pas à m'accrocher assez bien, il me balance à terre, je commence à me relever, il donne un coup d'épée horizontal me forçant à revenir au sol pour l'esquiver. La lame me frôle les ailes.
J'enrage de devoir jouer le jeu de Satan. Il veut un spectacle, et j'aurais été plus que ravie de le lui gâcher si la vie de quelqu'un n'était pas en danger.
Nouveau coup de l'armure, vertical cette fois. J'essaie de rouler sur le côté pour l'éviter, mais mes ailes me bloquent. Heureusement que mon pouvoir me sauve toujours la vie juste à temps. Après avoir immobilisé sa lame, j'envois mon adversaire dire bonjour au plafond. Je le laisse retomber, et ressens l'impact.
Son maître nous regarde toujours. Il n'a pas la télé, en enfer ?
L'armure se relève. Je bondis à nouveau sur elle, en contrôlant ma trajectoire, cette fois. En fait, c'est plus de la lévitation rapide. J'atterris les jambes autours de son cou, pose mes mains sur son heaume, m'apprête à tourner sa tête d'un coup sec, mais elle m'attrape par l'aile et me projette contre le mur. Quand je me relève, je vois dans sa main droite mon aile gauche ensanglantée. Pour ça la petite douleur dans mon omoplate.
Des bruits de pas dans l'escalier. Trois paires d'yeux se tournent dans cette direction.
Un éclair de lumière surgit pour venir frapper l'armure, mais elle pare avec son épée juste à temps. Je prends le contrôle de l'arme pour la lui faire baisser et crie à Julien :
« Vas-y !
Une sphère aveuglante, puis un tas de cendre prend la place du démon à l'épée.
-Même pas capable de tuer un chevalier toutes seule. Enfin, tu n'es qu'une fille, dit Satan. Ton ami devrait se réveiller dans quelques heures et ton aile commence déjà à repousser. Toi, le demi-ange, il va falloir que je m'occupe de ton cas. À la prochaine fois...
Il disparaît avant que je ne puisse répliquer quoi que ce soit.
L'autre hybride s'approche de moi.
-C'était.... Commence-t-il.
-Satan, je réponds simplement
-Oui, je m'en doutais un peu... Ça va ?
-J'ai l'air d'aller bien ? je réplique.
-Désolé. J'ai suivis la piste. Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
-Un mec de ma classe s'est fait enlever et j'ai dû suivre la piste pour...
Je me dirige vers la porte blanc sale et l'ouvre. La pièce derrière est minuscule et remplie de cartons. Ils occupent presque tout l'espace. Une bonne partie doit provenir de la grande pièce. Je dois en déplacer quelques uns pour pouvoir faire sortir Sam, qui semble endormis. Le demi-ange insiste pour le transporter lui-même sur son dos.
Je reprends ma forme humaine, excepté pour les yeux. J'ai l'impression de devenir sourde, puis je m'habitue. Nous remontons.
« Je vais devoir te le recoudre » soupire Julien quand je récupère mon manteau à l'entrée.
Nous ramenons d'abords Sam à l'hôtel, juste à côté de la porte sa chambre, qui est verrouillée. Il ne saura sans doute jamais que nos lui avons sauvé la vie.
Je vais encore finir la nuit aux somnifères, moi.

Fin de l'épisode V
# Posté le lundi 07 avril 2008 16:23
Modifié le vendredi 27 juin 2008 06:28