Lilith, IV, 4

Lilith, IV, 4
En plein milieu de la nuit, le bruit du vibreur de mon portable posé sur la table de chevet en bois me réveille.
C'est un sms de Julien. Qui dit :
« D mon partou ds lé égou »
Il continu donc de faire des rondes. Il a besoin d'encore moins de sommeil que moi.
« Besoin daide ? » je lui envoi.
« Oui » répond-t-il.
« Jariv »
Il m'envois des indications pour que je puisse le rejoindre.
Je décide que ce n'est pas la peine de remettre mes lentilles.

Après avoir marché un moment dans les égouts, yeux et oreilles de démon activés, je trouve une petite armée de créatures infernales rassemblée à distance respectueuse d'une bulle de lumière aveuglante. Julien doit être dedans.
Les démons, eux, ont l'air d'attendre que la bubulle disparaisse. Et quand je dis qu'ils sont une armée, je n'exagère pas vraiment.
Imagine le couloir d'égout envahit de rats grouillants et se bousculant les uns les autres sur toute la largeur. Imagine ensuite que ces rongeurs aient de petites cornes un peu partout et que leurs incisives semblent suinter de quelque chose.
Voilà, tu y es.
Et j'entends d'autres créatures plus loin, mais à cause du bouclier lumineux, je ne peux pas les voir.
Je me concentre et projette deux ou trois dizaines de rats s'écraser contre la lumière.
L'augmentation de mes pouvoirs n'est apparemment effective que si je suis transformée complètement.
Une légère odeur de grillé s'ajoute à la puanteur ambiante.
Une petite centaine de bestioles se détourne vers moi. Presque tous sont envoyés se faire réduire en cendres, mais j'en oublie quelques uns. Je subie quelques morsures.
Je me débarrasse vite des survivants. Carbonisés aussi.
Quelques autres blessures plus tard, tous les rongeurs démoniaques qui étaient devant moi sont morts.
« Me suis occupée des rats, j'indique à Julien.
Je vois sa bulle se tordre, passer entièrement du côté des démons restants plus loin devant nous, et se transformer en un gros faisceau large comme le couloir qui avance en réduisant en cendres les ennemis sur son passage.
-Voilà, déclare l'autre hybride.
Même pas un petit merci pour le coup de main. Ca fait plaisir.
-You ain't nobody's nightmare, You weren't boiled in flammes ... fait une voix derrière nous.
Nous nous retournons.
Le propriétaire de cette voix est un démon humanoïde assez grand à peau grise avec une paire de petites cornes noires sur le front et une queue fourchue. Il lévite à quelques centimètres du sol. Ca doit être pour ça qu'on ne l'a pas entendu arriver. Ses yeux jaunes sont fixés sur moi comme si Julien n'existait pas.
-But you are the Devil's daugther ... continu la créature démoniaque.
-Je crois que c'est à toi qu'il parle, fait le demi ange.
-And on the day of black sun rises, see, it's you who's going down.
-Quoi?! Je m'écris.
-Au fait, dit la créature de Satan, passant brusquement au français, la morsure des démons rats est empoisonnée.
Le rouquin lui tire soudain dessus, mais le démon disparaît avant d'être touché. Sans rien laisser du tout.
Ma vision se trouble légèrement. J'ai l'impression d'être plus faible.
-Lilith ? me demande l'autre hybride, peut-être légèrement inquiet.
-Ca va aller. Je vais essayer de rejoindre l'hôtel le plus vite possible. Peut-être qu'en me transformant complètement, je pourrais ... purger le poison. Par contre je ... vois rien. C'est tout trouble ... »
Le jeune homme me prend le bras pour me guider.
J'ai encore assez de force pour marcher. Par contre je pense que je serais incapable de courir.

Quelques instants plus tard...
Un bruit perçant se fait entendre. Ca fait tellement mal aux oreilles que nous en tombons à genoux.
Est-ce qu'il y a d'autres personnes qui pourraient nous voir dans cette rue ?
Je me mets les mains des deux côtés de ma tête.
« C'est le même genre de démon oiseau que celui de la dernière fois », informe le demi ange entre deux cris de la créature.
Nouvelle salve sonore. Ca fait un mal de chien.
Je ne ressens plus les effets du poison des rats. Je peux alors à nouveau me concentrer. Je reprends donc mes oreilles humaines pour échapper aux ultrasons. Il faut que je clou le bec au...
Julien tire soudain sur l'oiseau. Cette fois, sa lumière fait mouche du premier coup.
« Je me suis entraîné au tir, explique-t-il, l'air fière de lui.
-Bravo, je le félicite. Je vais pouvoir rentrer seule maintenant.
-Le poison...
-Ne fait plus effet. »
L'autre hybride m'informe qu'il n'a pas encore trouvé Lucie.
Mais il reste encore six jours...

FIN DE L'EPISODE IV

NDA : Je suis actuellement en train d'écrire une fan fiction, je reviendrais à Lilith plus tard...
J'ai trouver l'image sur internet, et je la trouve trop classe XD (il ne vous fait pas penser à quelqu'un? ;)
# Posté le vendredi 07 décembre 2007 11:42
Modifié le vendredi 27 juin 2008 06:36

Lilith, V, 1

NDA : Pourquoi ça prend du temps pour sortir un épisode? Hé bien :
1)L'inspiration vient uniquement quand ça lui chante. Les pannes peuvent parfois être longues... =(
2)J'ai toujours plusieurs trucs différents à écrire
3)L'ordinateur peut lui aussi être en panne
4)Je peux être sujette à une flemingite aigüe
5)Tout simplement manque de temps
6)Toutes les combinaisons possibles entre les cinq premières possibilités.
À part ça, je n'ai qu'une chose à dire : bonne lecture! ;)


Ça fait trois jours depuis l'épisode des égouts. Il ne reste que trois autres jours et deux nuits avant mon retour en France. Il est quatorze heures trente, nous sommes dans un bus qui nous emmène à Stonehenge. Je suis assise côté vitre et juste en arrière des profs qui se sont réservé les places tout devant. Les autres élèves, par reflexe sans doute, se sont massés au fond. Il n'y a personne à côté de moi. Je pose mon front sur le verre et regarde défiler le paysage, un air absent sur le visage.
Combien de temps va-t-on devoir rester dans cette grande boîte de conserve roulante ? Pourquoi les trajets en car sont-ils souvent interminables ?
Que fait Julien ? A-t-il trouvé...
Mon portable vibre dans la poche de mon jogging. Ça ne peut pas être mes parents, je les ai appelés tout à l'heure. Je prends le téléphone. C'est justement Julien. Je décroche.
« Allô ?
-C'est moi, répond-t-il.
-Je sais. Ton nom s'est affiché sur mon écran.
-Je crois que je l'ai trouvée, m'annonce-t-il sans tenir compte de ma remarque.
-Où ? Je demande.
-C'est assez loin de ton hôtel... Mais bien à Londres.
-Ok... Merci pour ton aide.
-De rien, fait le demi-ange.
-Dis-moi... pourquoi tu m'aides ? Après... (Je baisse d'un ton pour m'assurer que les profs ne m'entendent pas.) Enfin, je sais que ta mère t'as obligé à m'accompagner à Londres mais... elle n'est pas là... Après la forêt, j'avais l'impression que...
-Elle m'a dit que tu n'avais pas à payer pour être née.
-Oui. On ne choisit pas de naître. On ne peut pas nous le reprocher.
-Je viens te chercher ce soir à ton hôtel ? demande-t-il.
-Si on y va la nuit... je commence. Heu, tu lui as parlé ?
-Je lui ai fais le même interrogatoire qu'aux aux autres.
-Je ne pense pas qu'elle apprécierait qu'on toque à sa porte en pleine nuit, je remarque.
-Le jour tu serais en train de visiter l'Angleterre, réplique l'hybride.
-Pas faux. Préviens-la qu'elle aura de la visite...
-Elle a le bon nom, elle a vécu en France il y a quinze ans, elle te ressemble mais en plus... D'après le peu que j'ai pu voir de son intérieur, elle pourrait à elle seule décorer le Vatican.
-Toi tu as bien installé une chapelle dans ta chambre, je lui rappelle.
En fait c'est plutôt un petit autel de fortune.
-Soit elle veut expier le fait d'avoir couché avec le diable, soit elle veut empêcher les démons d'entrer dans son appartement. »

Sitôt mes « camarades » de chambres endormies, je me rhabille, ouvre la fenêtre et sors de l'hôtel. Heureusement qu'on est au rez-de-chaussée. Une fois les deux pieds sur le trottoir où m'attends Julien, je referme la fenêtre grâce à mon pouvoir.
« C'était bien, Stonehenge ? me demande le jeune homme.
-Ouais. Je pourrais peut-être y retourner avec mes parents, un jour.
-Ok. Viens, c'est par là, indique-t-il avant de se mettre en marche.
Je le suis. Tout en avançant, je continu la conversation.
-Au fait, j'ai pas pu te demander avant... L'autre fois, un démon s'était posé juste sur ton immeuble. Tu ne crains pas pour ta mère ?
-Tu as vu son bracelet ? questionne l'autre hybride.
-L'espèce de petit cercle gris ? Oui, mais c'est quoi le rapport ? Il est magique ?
-Si on l'attaque, le bracelet la protégera. Avec un bouclier de lumière. Un cadeau de mon père, explique le demi-ange.
-Ha ok. »

Après une heure de marche et trois étages, nous voilà devant la porte de l'appartement de Lucie. Julien s'écarte.
« Aller, frappe. Je vais vous laissez entre vous... »
Je reste quelques secondes immobile à regarder fixement la porte. Que vais-je apprendre ?
Je m'avance et toque doucement contre le bois. Rien. Je frappe un peu plus fort. Quelques bruits de clés. La porte s'ouvre, découvrant une femme. C'est vrai que je lui ressemble. À peine plus petite que moi, les yeux marron, les cheveux châtains comme les miens... Je lui ressemble... avec quelques années et kilos en moins. Je lui donnerais dans les trente-cinq ans.
Nous restons un moment silencieuses, à nous regarder. En me voyant, avait reculé d'un pas, surprise, puis était devenue impassible. Comme si elle avait enfilé un masque pour cacher ses émotions. Je prends la parole la première :
« Bonsoir. Je suis Lilith.
-Il fallait bien que ça arrive un jour... dit Lucie.
-Oui. Je peux... entrer ? J'ai juste quelques questions à poser, puis je m'en vais.
Elle jette un ½il à son appartement derrière elle. Puis finit par s'écarter pour me laisser passer. J'entre. Elle referme derrière moi.
Partout sur les murs et les meubles du salon, des crucifix, des vierges Marie... Sur la table, le seul meuble dépourvu de pieux bibelots, repose un livre assez épais. La bible, bien sûr.
-Ça fait longtemps que tu me cherches ? me questionne Lucie.
-Pas vraiment, je réponds. Ça fait seulement quelques mois que je sais que j'ai été adoptée... et que je suis une hybride...
-Sylvie t'as aidé.
-Oui, et son fils aussi. Les feuilles scotchées un peu partout entre les croix, c'est des pages de la bible ? je demande.
-Oui. J'en avais acheté deux exprès.
À mon avis, ma cousine Élodie n'aurait pas aimé cette déco. Mais ce qui est sûr et certain, c'est qu'elle aurait été d'accord avec moi sur un point : déchirer les pages d'un livre, c'est de l'hérésie.
-...
-Mais maintenant, je me demande si c'est vraiment efficace... fait-elle.
-Tu voulais l'empêcher d'enter, c'est ça ?
Mon interlocutrice s'avance jusqu'à la table, devant moi. Il n'y a qu'une seule chaise. Elle ne doit pas recevoir de visites souvent. Elle me fait signe d'attendre puis quitte la pièce. Revient un instant plus tard avec une petite chaise pliante. La déplie et la place en face de l'autre.
-Assieds-toi, dit Lucie en désignant les deux chaises d'un large geste, me laissant choisir laquelle je veux utiliser.
Je choisis celle qu'elle vient d'amener.
-Je veux juste savoir ce qu'il c'est passé, j'explique une fois que nous sommes toutes deux assises.
-Tu veux savoir comment tu es née... c'est normal, fait-elle, le regard vague.
-Ne tourne pas autour du pot. Je suis prête à tout entendre, maintenant.
Elle reprend son masque d'impassibilité.
C'était il y a seize ans... en août. Je faisais mon premier boulot d'été comme serveuse dans le café que tenait mon oncle. J'avais seize ans, raconte-t-elle.
-Seulement seize ?
C'est vrai que... Sylvie avait parlé d'une « jeune fille ». Je n'avais pas fais attention. Je n'avais pas imaginé que Lucie puisse être si jeune. Elle avait presque le même âge que moi aujourd'hui !
-J'ai trente-et-un ans maintenant. Bientôt trente-deux. J'ai toujours eu l'air d'avoir plus que mon âge.
-Moi aussi, je réponds. Mais continue l'histoire, s'il te plait. Va droit au but.
-Il était un client régulier du café... »
# Posté le dimanche 06 avril 2008 17:24
Modifié le vendredi 27 juin 2008 06:35

Lilith, V, 2

Il venait trois fois par semaine, sous l'apparence d'un homme d'une quarantaine d'années. Le même âge qu'avait ma tante...
La première fois que je l'ai vu, quand j'ai voulu prendre sa commande, il m'a demandé :
« Vous êtes novelle ici, non ?
-Oui, je lui ai répondu. Vous êtes déjà venu ?
Il m'a répondu qu'il était un habitué. Tout de suite après, il a voulu savoir si la patronne (ma tante, la s½ur de mon père) était là. Je lui ai dit qu'elle était là, mais occupée. Et lui ai demandé pourquoi il voulait savoir ça.
-Elle est presque toujours ici quand je viens. Elle est peut-être malade. »
À peine avait-il fini sa phrase que ma tante est descendue dans le café. Elle habitait avec son mari à l'étage au-dessus. Il étaient ensembles depuis plus de dix ans, à l'époque. Et n'avaient pas d'enfants.
Le soir venu, elle faisait la fermeture. Mon oncle n'était pas chez lui, je ne me souviens plus pour quel prétexte. Quand je suis rentrée chez moi, je me suis rendue compte que j'avais oublié quelque chose. Je suis retournée à mon lieu de travail. Une fois arrivée, j'ai vu qu'il était devant le bâtiment. Ma tante l'a fait rentrer et ils sont montés touts les deux...Je n'en revenais pas qu'elle puisse tromper son mari, elle qui était quelqu'un de bien...
Ils m'ont obligée à me taire. Pendant deux semaines. Quand ils étaient touts les deux dans le café, c'était le signal pour dire qu'ils pouvaient baiser le soir.
Il m'avait dit :
« Ça fait longtemps que ton oncle trompe ta tante. Elle l'a appris récemment, mais lui ne le sait pas. Et elle est allée se venger dans les bras du premier beau parleur venu. C'est aussi simple que ça. »
Ça m'avait fait enrager.
Un soir, j'ai décidé d'aller les surprendre en prenant une photo. Je comptais faire la même chose avec mon oncle. Quand je suis arrivée devant le café avec mon appareil photo, ma tante n'était pas là, mais lui, si.
« Je lui ai téléphoné au dernier moment pour lui dire que, finalement, je ne viendrais pas. Ce que je ne lui ai pas dit, c'est que je ne reviendrai plus..., a-t-il dit.
-Alors que faîtes-vous ici ? je lui ai demandé.
Il a répondu :
-Je viens voir une autre femme. »
Et il m'a assommée. Je me suis réveillée dans le lit d'une chambre d'hôtel. Je me souviendrais toujours de ce qu'il a dit.
« Ha, tu es enfin réveillée. Maintenant on va pouvoir s'amuser... » Puis, après une pause : « Je suis dans un bon jour alors je vais te faire un cadeau. Je vais te révéler ma véritable identité... »
Et il a pris son apparence de démon... Et il m'a...

À la fin de son récit, Lucie met ses mains devant son visage. Pleure-t-elle ?
Elle ne m'a pas regardée une seule fois depuis qu'elle s'est mise à raconter. Elle a fixé la table.
« Merci, Lucie, je lui dis. C'est tout ce que je voulais savoir. Je me doute que tu n'avais pas forcément envie de me revoir. Merci de m'avoir laissé entrer quand même. Adieu... »

Sitôt sortie de l'appartement, j'envois un sms à Julien pour lui dire que je rentre à l'hôtel. Je lui avais fait promettre de s'éloigner suffisamment pour qu'il n'entende pas la conversation entre Lucie et moi, voir de rentrer à son propre hôtel. Et il tient toujours ses promesses.
Je voulais juste savoir si elle avait été consentante ou non. Si elle avait couché avec un démon (cette idée me révulse) ou si elle avait été violée. Si elle avait commis ou subis.
C'est le somnifère qui va être content, il sera de sortie, ce soir...

C'est la dernière nuit. Le retour est pour demain. Julien n'a pas prévu de chasse cette fois, avec ou sans moi. Mais j'ai besoin de sortir. Enfin, non. Juste de penser à autre chose. Et pourquoi pas courir, courir, jusqu'à épuisement. C'est mon meilleur moyen de me vider la tête.
Je me rhabille, me rattache les cheveux et enfile mon manteau. Il est bleu foncé et long jusqu'aux genoux. En fait, il est trois fois trop grand pour moi. J'avais insisté pour prendre cette taille-là, sans dire que c'était pour mieux dissimuler mes ailes et ma queue, au cas où je devrais me transformer devant des témoins. On ne sait jamais.
J'arrive à la fenêtre. Tiens, il neige. Mais les flocons fondent sur le bitume pas assez froid à leur goût. Pas de bataille de boules de neige en vue, donc.
J'ouvre la fenêtre, j'enjambe le rebord, je saute.
« Tu fais quoi ?
La question vient de la gauche. Je tourne la tête. C'est Sam, un mec de ma classe, qui l'a posée. Des flocons se déposent dans ses cheveux de corbeau et il me fixe de ses yeux noirs. C'est la première fois que j'entends le son de sa voix.
-Et toi tu fais quoi ? je le questionne.
-J'aime la neige. Je voulais voir les flocons de plus près. Dommage qu'ils ne tiennent pas... Et toi ?
-Besoin de penser à autre chose...
Il reste toujours dans son coin. Un peu comme moi, en fait...
-Pourquoi ? m'interroge-t-il.
-C'est personnel, je réplique. J'y vais. À plus.
Je commence à m'éloigner.
-Hé, Lilith, où tu vas ?
-Là où je pourrais courir tranquille, j'indique. J'ai pas besoin qu'on m'accompagne. Juste d'être seule. Par contre... T'as un portable ?
-Bien sûr, fait-il en le sortant de la poche de son manteau gris.
-Si je ne suis pas revenue au levé du Soleil, appelle...
Je prends mon propre téléphone et vérifie dans mes contacts. Je lui dicte le numéro pendant qu'il l'enregistre.
-Je mets quel nom ? interroge mon camarade de classe.
-Julien.
-C'est qui ? Ton petit copain ? Le rouquin ?
Je soupir.
-On est pas ensembles. Et de toutes façons ça ne te regarde pas.
-Désolé. T'as fais quoi à tes yeux ? Tu as mis des lentilles ?
-Heu... Ouais. Je voulais les essayer. À plus, Sam, et merci ! » je dis avant de m'éloigner.
En réalité, j'ai enlevé mes lentilles... je garde mes yeux de démon en permanence, désormais.
Cette fois, je ne vais pas me faire avoir par une putain de créature infernale. Je jette des regards partout pour vérifier qu'il n'y en pas dans les environs.
Pas évident de s'y retrouver dans une grande ville qu'on ne connaît pas.


NDA : une autre raison qui peut ralentir l'épisode : la neige. Mais qu'est-ce que fou encore devant mon écran alors qu'il y a de la neige dehors?
# Posté le lundi 07 avril 2008 04:04
Modifié le vendredi 27 juin 2008 06:34

Lilith, V, 3

Est-ce que je pourrais être de retour avant que les autres filles ne se réveillent ?
Cette question vient s'ajouter dans le flot de mes pensées aux réponses qu'on m'a données depuis ce jour d'août où le diable m'est apparu.
Avant, je m'étais même imaginé venir d'un monde parallèle. Et je ne m'étais pas un seul instant douté de la vérité. Je supposais qu'elle pourrait peut-être ne pas me plaire, et j'avais raison. Mais au moins maintenant je sais.
Alors que je marche toujours, une voix m'interpelle, me sortant de mes réflexions.
« Tu devrais savoir que c'est dangereux de traîner dehors la nuit, dit-elle en anglais.
Je me retourne. Un démon. Du même genre que ceux que j'ai combattu dans la forêt, c'est-à-dire un griffu. Je souris.
-Je ne vais pas me faire avoir deux fois, je réplique dans la langue de Shakespeare. Je vois ce que tu es.
-Je ne suis pas là pour me battre. Tant mieux pour moi d'ailleurs. On a enlevé un de tes camarades de classe. Tu vas devoir retourner dans les égouts si tu veux le sauver.
-Quelqu'un de ma classe ? Qui ? Sam ? je l'interroge.
Que vont-ils lui faire ?
-Celui qui était dehors. Voici une mèche de ses cheveux comme preuve.
Une petite mèche noire corbeau...
-Je ne vais pas laisser quelqu'un subir je ne sais quoi à cause de moi.
« À cause de moi » car cet enlèvement est sûrement prévu pour me mettre à l'épreuve.
-Qu'attends-tu, alors ? dit le démon.
Je m'approche de lui, mettant autant de menaces que je peux dans mon regard.
-Où est-il ?
Il les mains en signe d'ignorance. Je décèle un début de peur dans ses yeux.
-Je ne sais pas. Je sais juste que tu pourras trouver sa piste dans les égouts. Je n'en sais pas plus, je te jure !
-Tu jures sur quoi ? je demande.
-Hein ?
-Laisse tomber. »
Je m'en vais vers la plaque d'égout la plus proche. Discrètement, je m'aide de mon pouvoir pour la soulever. Les gens se retournent à peine quand je descends.
Je fonce sûrement droit dans un piège. J'envois un message à Julien pour lui dire que je vais chasser seule et que je l'appellerais en cas d'urgence. Je vais me débrouiller seule pour l'instant.
Je ferme les yeux, me concentre, et entame la transformation. Depuis qu'il a commencé à faire froid, je porte un t-shirt déjà déchiré avec un sweet suffisamment ample et élastique sous mon manteau. Et un pantalon avec un trou juste assez grand pour être bouché par ma queue. C'est Julien qui s'en est occupé. Il sait faire les trous, les raccommoder, faire les ourlets, toute la couture nécessaire pour réparer les vêtements abîmés par les chasses.
La transformation ne cause aucune douleur, cette fois. Juste de très forts picotement généralisés.
Je pose ma main contre la paroi du couloir d'égout. Même avec mes yeux de démon, je ne vois rien là-dedans. Mais en descendant, juste avant de remettre la plaque, j'ai vu une lampe torche au pied du mur. Je me baisse et tâtonne pour la ramasser.
« Elle est pas là par hasard, à mon avis. », je me dis tout haut.
Quelqu'un l'a mise là.
Je l'allume. Elle encore des piles. Elle me suffit largement pour voir ici. Je balaie le couloir avec le faisceau lumineux. Sur le mur de droite, où je suis appuyée, il y a un dessin environs deux mètres plus loin. Une étoile à cinq branches, deux en haut, une en bas et deux au milieu, comme ma marque de naissance dans mon dos. La marque de Satan. Tracée à la craie blanche. Je suis presque déçue qu'elle ne soit pas rouge. La branche milieu-gauche est coloriée. Ça doit vouloir dire que je suis censée aller à gauche.
« Je parie touts mes bouquins que je fonce droit dans un piège », je dis tout à voix haute en marchant dans la direction indiquée.
Sam ne m'a jamais parlé avant ce soir. J'aurais dû aller lui parler, moi.
J'entends des couinements devant moi. Des rats. Et pas deux ou trois. Je ne les vois pas. Je m'avance un peu. Le son me semble très proche, pourtant...
Je lève la tête vers le plafond. Voilà, je les ai trouvé. Une ou deux centaines de rats-démons se sont accrochés au plafond.
« On avait pourtant fait le ménage. »
Ils se décrochent soudain. J'arrête en pleine chute ceux qui me tombent dessus. Ça me donne l'impression d'être entourée d'un champ de force. Trente petits rongeurs voient leurs têtes se faire arracher en même temps, puis je tue les autres de la même façon, par paquets d'une trentaine, jusqu'à ce que touts les petits démons soient partis en fumée.
Je continu mon chemin. Toujours tout droit...
Manipuler trente choses en même temps avec mon pouvoir... Il n'y a pas si longtemps, je ne pensais pas en être capable un jour. Ce n'est pas sous forme humaine que je ferais pareil. Quand on fait de la télékinésie, ce n'est pas le poids des objets qui détermine la difficulté, mais leur nombre.
Maintenant, ce sont des griffus qui se matérialisent devant moi. J'en compte une dizaine. Facile, je n'ai même pas à bouger pour leur arracher la tête. Ils survivent quelques minutes avant de s'écrouler et disparaître.
Un bruit de pattes qui courent dans le passage humide. À peine le temps le temps de me retourner, un chien infernal, comme celui de chez mes cousins, me saute au visage, me mord le nez, je l'attrape par la peau du cou, le frappe de toutes mes force contre la paroi. Ses os produisent un craquement éc½urant. Quand son cadavre disparaît, il ne reste plus que le bout de mon nez (il le tenait entre ses crocs), qui tombe par terre. Je porte la main au milieu de ma figure. Ça a déjà repoussé. Je prends un mouchoir en papier dans ma poche pour essuyer le sang.
Je continu. Mon camarade de classe a été embarqué dans cette histoire indirectement à cause de moi. Je dois le sauver, même si je fonce tête baissée dans un piège. Je ne peux pas rester les bras croisés.
# Posté le lundi 07 avril 2008 07:41
Modifié le vendredi 27 juin 2008 06:32

Lilith, V, 4

Un nouveau griffu me bondit sur le dos. D'où il sort, celui-là ?
Heu... question idiote.
Ses griffes traversent la manche gauche de mon manteau, jusqu'à ma chaire, dans laquelle il perce cinq trous qui se referment autours de ses ongles. Je me secoue dans tous les sens pour tenter de l'éjecter, il s'accroche bien, je mets bien plus de dix minutes à le faire décrocher avant de l'envoyer rejoindre son maître d'un coup de pied dans la tronche.
Devant moi à ma gauche, de l'autre côté de l'eau sale, se trouve une autre marque. Elle est identique à la première, sauf que c'est la branche haut-droite qui est coloriée, indiquant visiblement qu'il faut monter à l'échelle juste à côté.
« Il se fout de moi ou quoi ? Il me fait passer par ce trou puant juste pour que j'élimine la vermine et ressorte un peu plus loin ? »
Et je vais devoir demander à Julien de recoudre mon manteau.
Je lévite jusqu'à la sortie pour ne pas toucher l'eau, et surtout ce qui la salit. Je grimpe à l'échelle et soulève la plaque d'égout. La neige est maintenant mêlée de pluie. Génial. Je mets ma capuche. Une fois dans la rue, je remets la plaque en place. Je tombe aussitôt sur une autre étoile, peinte sur la porte d'un immeuble juste en face. Difficile de la rater. Elle a été faite à la peinture fluo. Il me prend pour une conne ?
J'éteins la lampe et la fourre dans ma poche. Elle est juste assez grande pour la contenir. J'aime avoir de grandes poches.
La porte étant légèrement enfoncée dans l'épaisseur du mur, le dessin est protégé de la pluie. Je me demande si les habitants de l'immeuble savent ce qu'il signifie.
Un homme se dirige vers la porte. Pour rentrer, on dirait. Je regarde l'heure sur mon téléphone. Deux heures du matin.
« Excuse me... je l'interpelle.
-What?
-Do you know what it is? Je lui demande en désignant la marque.
-It's a door”, répond-t-il simplement avant de s'engouffrer dans le bâtiment sans se retourner.
« C'est une porte. » Il n'a pas vu ce qui est peint dessus ? Il est aveugle ? À moins que... Je ferme les paupières et reprends mes yeux humains pour la première fois depuis des semaines. Je les rouvre.
« Haaa, je vois plus rien ! »
Je mets un moment à m'habituer. La marque satanique n'est plus visible. Une peinture invisible pour les humains ? Un sort d'illusion ? Je penche plutôt pour la deuxième solution. Bien visible, mais seulement pour moi. Pas bête.
L'étoile indiquait la gauche. Je suis cette direction après avoir remis mes globes oculaires en « mode démon ». Je décide de garder la même direction jusqu'à ce que je trouve une autre étoile à cinq branches.
J'espère au moins que Sam est bien au bout de la piste. Trop tard pour reculer, de toutes façons.
Je me mets à courir sous la pluie tout en guettant la moindre trace de peinture fluorescente. Ma course fait tomber ma capuche en arrière. Je suis une fille qui court dans la rue à deux heures du mat', mais je ne suis pas poursuivie.
Quelque chose attire mon regard, je ralentis et m'arrête à peu près devant. C'est bien le dessin que je cherchais. Sur la porte d'une maison dont les volets sont fermés. Cette fois-ci, c'est le centre de la marque qui est colorié. Ça doit vouloir dire qu'il faut entrer.
Je colle mon oreille à la porte en faisant attention à ne pas toucher l'étoile. Aucun bruit. Je mets la main sur la poignée, l'abaisse et pousse. Ça s'ouvre normalement. J'entre et referme.
Quelle heure il est ?
Je regarde sur mon portable... deux heures trente. J'ai couru pendant une demi-heure ? Je n'aurais pas cru.
Je me trouve maintenant dans l'entrée. Je passe devant le portemanteau. Rien n'y est accroché, d'ailleurs. Ça veut dire que ceux qui vivent ici ne sont pas là. Je dépose mon manteau avant de passer dans le salon. Canapé et fauteuil en cuir, home cinéma... Ils semblent avoir les moyens. La porte d'entrée n'est pas verrouillée, comment se fait-il qu'ils ne se soient pas déjà fait cambrioler ?
Un bruit de respiration. Je me retourne. Je crois que j'ai la réponse à ma question. Les habitants on un drôle de chien de garde : humanoïde, rouge foncé, à peu près ma taille, des cornes et des crocs partout, qui se jette sur moi, me renversant en arrière. Je parviens à me dégager en l'envoyant voler vers le canapé, qui se déplace alors d'un bon mètre. Le démon se relève aussitôt.
Sa tête me fait penser à ses poissons des profondeurs qui ont une mâchoire ayant l'air trop grande pour leur gueule.
Bon aller, je le décapite et c'est gagné. Mais j'ai envie de voir ce qu'il peut faire. Je n'ai encore jamais croisé de démon du même type.
Il se met à grogner.
« À part grogner comme un chien méchant, tu sais faire quoi ? je lui demande un peu sur un ton de défi. Tu dois sûrement savoir mordre, parce que sinon ce serait dommage, avec une aussi grosse mâchoire. »
J'ai à peine fini ma phrase qu'il franchit d'un bon la distance qui nous sépare, et enferme mon bras droit entre ses crocs. Je pisse le sang, il commence à tirer en avant. Sous forme humaine, j'aurais hurlé, mais là non. Un coup de genou dans son ventre lui fait ouvrir suffisamment la gueule pour que je puisse dégager mon membre d'un balancement juste avant qu'il ne me l'arrache, et un peu de télékinésie colle le démon au plafond.
Mon bras pend, inutile, à mon flanc droit, et la morsure est en train de se refermer. De ma main gauche je remboîte mon bras droit dans son épaule. Tout en maintenant mon « ami » la mâchoire en l'air. Ça aussi, je l'aurais cru impossible il y a peu.
Je laisse mon adversaire retomber au sol. Ma chaussure lui pète quelques dents avant qu'il n'ait le temps de se relever. Je sais, on ne frappe pas quelqu'un à terre. Mais je doute que lui aurait attendu que je sois debout.
« Où est Sam ? je l'interroge en lui donnant un coup dans l'½il.
-Cave, répond-t-il simplement.
-Et où est la cave ?
Il désigne le sol (où il est toujours) du doigt.
-En bas, oui, je m'en doute, je lui fais remarquer. Je reformule... Comment on accède à cette cave ?
-Echcaliers, indique-t-il.
Sa mâchoire le gène pour parler. Pour ça qu'il n'est pas très causant.
Je soupir.
-Ils sont où ses escaliers ? Si tu me réponds encore un truc évident je t'arrache la tête. »
La mâchoire désigne un couloir qui débute au fond à gauche du salon. Sans prévenir, le démon se relève d'un coup, me saute dessus, est arrêté en plein vol, les pieds légèrement au-dessus du sol, et se fait décapiter pas vraiment proprement pour une force invisible. Alors qu'il s'évanouit en fumée, je remets le canapé en place.
Je m'engage dans le couloir indiqué. Il y a encore un autre symbole satanique sur la deuxième porte à droite. Avec le centre colorié. J'ouvre, ça donne sur un escalier conduisant plus bas.
# Posté le lundi 07 avril 2008 10:50
Modifié le vendredi 27 juin 2008 06:31