Je suis devant la fenêtre du fond de la salle de l'escalier. Elle donne sur derrière la maison. À côté de moi, la porte des toilettes, sous les marches.
J'entends des pas. Je me retourne.
C'est Elodie qui s'approche.
« Qu'est-ce que tu fais là ? me demande t'elle.
-Arrivais pas à dormir...
-Pourquoi ?
-Des cauchemars, je lui réponds.
-Ho. Attends.
Elle entre dans les WC. Quand elle en ressort, elle m'interroge :
-C'est quoi tes cauchemars ?
-Pas envie de raconter, je l'informe.
-Tu en fais souvent ?
-Oui.
-Tu sais qu'on peut contrôler ses rêves ? dit-elle.
-Quoi, sérieusement ? Comment on fait, ça me serait utile.
-Si tu as un rêve récurrent par exemple, à chaque fois que tu le fais et que t'en souviens, explique Elodie, tu l'écris en détails sur une feuille. Ensuite, quand tu referas le cauchemar, tu pourras être consciente que tu rêves sans te réveiller. Et donc tu pourras le contrôler.
-Je vois...
-Donc tu pourras demander au méchant monstre de disparaître par exemple.
-Merci Elodie. Je vais essayer.
-De rien. Je vais te prêter une feuille et un stylo. »
Troisième jour chez tonton et tata.
Quand j'entre dans la grande pièce du haut, Elodie est sur l'ordi, Quentin sur la console et la musique proclame :
« 'cause the devil is a loser and he's my bitch for better or for worse and you don't care which
The devil is a loser and he's my bitch runnin' into trouble you skitch he's my bitch ha ha ha ha ha »
Heu, une seconde, il a bien dit « he's my bitch » ? Ce type a pas intérêt à aller en enfer...
J'informe mes cousins que leur mère a proposé une balade dans les environs.
Au final, seul les adultes quittent la maison.
Nous nous retrouvons tout les trois entre cousins à jouer dans le jardin comme des gamins. C'est fou ce que ça peut faire du bien.
Le polaire (léger) est de sortie.
Soudain, un gros pitbull passe à travers les planches du large portail (elles sont assez espacées pour ça ?) en courant et grognant dans notre direction. Il s'approche avec un rapidité hallucinante.
Juste avant qu'il ne bondisse sur Elodie, le chien se retrouve immobilisé, suspendu dans son élan au-dessus du sol au niveau du visage de la fille en noir. Ce qui n'est pas si haut que ça.
Mes cousins ouvrent de grands yeux.
L'animal continu de grogner, la bave aux lèvres. Il doit être enragé.
Je n'ai pas le choix, je crois...
En une fraction de seconde, je l'envois s'écraser contre le mur extérieur de la maison.
À la vitesse à laquelle il était, je pense que peu de créatures « normales » de sa taille auraient survécue au choc.
« J'ai pas pu faire autrement, j'explique à mes cousins. On pourrait peut-être l'enterrer...
-C'est toi qui a fais ça ? demande Quentin.
-Heu...Oui.
-Comment tu fais ? questionne Elodie.
-Hé ben... instinctivement...
Après que je l'ai découvert, mon pouvoir m'est vite devenu aussi naturel que mes membres. Sauf que je ne l'utilise pas en public. Enfin, sauf dans les cas d'extrême urgence...
-C'est incroyable... fait ma cousine.
-Et pourtant... je dis en m'approchant du corps du canidé. Je me penche vers lui.
Il se ranime soudain et me saute au visage.
Ce n'est pas un chien !
Je bascule en arrière. La créature me mord, m'arrachant la joue droite avant de s'enfuir.
Je pousse un cri de douleur. Ca fait un mal de ch... heu, ça fait super mal.
Mes deux cousins m'aident à me relever en s'inquiétant :
-Ca va ?
-Elle pas vraiment l'air d'aller, ça pisse le sang.
-Ce n'est pas un chien normal... j'indique.
- ?
Je porte la main à ma blessure. Mes doigts se retrouvent couverts de rouge.
-Je... je reviens, je vais m'occuper de ça... » j'informe.
Je me précipite vers la salle de bain, dans le couloir, à droite.
Une fois dedans, je nettoie le sang sur mon visage. Mais ça continu à couler.
« Quand tu combattais dans la forêt, tu guérissais à vue d'oeil... » je dis à mon reflet dans le miroir.
J'enlève mes vêtements. Et me transforme.
Ca fait encore moins mal que la dernière fois. Comme si... Mon corps s'habituait...
Ma joue repousse littéralement sous mes yeux. Que je n'arrive pas à détacher de mon image dans la glace.
C'est la première fois que je vois à quoi je ressemble sous cette forme. Ma forme d'hybride...
J'ai du mal à réaliser que ces ailes, cette queue, ces yeux et ses oreilles m'appartiennent.
Il a dit que c'était ma véritable apparence. Mais finalement, c'est quoi une véritable apparence ?
J'essais de faire bouger ma queue. Ça marche. Je me tourne pour essayer de regarder mes ailes dans le miroir. Entre elles, je peux voir ma marque... Etoile maudite, inscrite sur ma peau comme un rappel permanent de...
« Lili ? fait la voix d'Elodie.
-J'arrive ! » je lui réponds.
Je reprends ma forme habituelle. La retransformation en humaine cause aussi de la douleur. Mais là, il y a en plus l'impression de devenir aveugle et sourde...
Je me rhabille et va dans le salon où m'attendent mes cousins.